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09-05-2008
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Les arbres du terroir Version imprimable Suggérer par mail
Certaines espèces d'arbres caractérisent singulièrement notre région : le cyprès, le micocoulier, le pin, par exemple. Mais il est trois arbres en particulier qui sont devenus indissociables de la culture provençale… au double sens du terme. Parce qu'ils ont tous trois été cultivés pour leur production ; et parce que tous trois ont influencé le mode de vie, donc la culture, de dizaines de générations de Provençaux. L'olivier, l'amandier et le mûrier. Pourtant cette sorte de trilogie arboricole n'a ni la même origine, ni la même fonction. Les deux premières espèces sont enracinées dans nos sols depuis l'Antiquité. Elles font partie intégrante du paysage méditerranéen. Aussi loin qu'on remonte dans les temps historiques, ceux où la littérature a laissé des traces, ou même avant encore (des fouilles archéologiques ont permis de retrouver des traces d'oliviers 3000 ou 4000 ans avant J.-C.), l'olivier et l'amandier sont présents. Ils sont mentionnés dans de nombreuses pages de l'Iliade et de l'Odysée, ainsi que dans la Bible.

C'est l'olivier qui accompagne Ulysse tout au long de son aventure. Il a taillé son lit nuptial dans un olivier vivant (la demeure a ensuite été bâtie autour). Ce lit l'accueillera au terme de vingt ans de périple, symbole de la fidélité de son épouse Pénéloppe. C'est l'olivier qu'il rencontre plusieurs fois dans ses voyage, pour se reposer sous son ombre tutélaire (l'olivier est l'arbre de la déesse Athéna qui protège Ulysse), pour vaincre le cyclope avec un pieu taillé dans ce bois dur. C'est en bois d'olivier qu'est le manche de la hache que lui offre la nymphe Calypso quand Zeus lui ordonne de laisser repartir le héros après sept ans de captivité. Plus tard le philosophe Platon s'installera sous un olivier, symbole de sagesse, pour discuter avec ses disciples. Et dans la Bible, hormis l'histoire de Noé et de sa colombe, l'olivier est le symbole du peuple d'Israel (Rm, XI, 17 à 24). C'est encore au mont des Oliviers que Jésus se recueille la nuit précédant son arrestation.

Quant à l'amandier, originaire du Moyen Orient, il est passé par la Palestine pour aller occuper les sols d'Afrique du Nord d'un côté et les rives méditerranéennes de l'Europe de l'autre, grâce aux Grecs. Ce sont eux qui l'ont emmené en France (en même temps que l'olivier sûrement) lors de la création de Marseille. Dans la Bible cet arbre est paré de nombreuses vertus : la prospérité (Genèse XXX, 37) en permettant au troupeau de Jacob de croître ; la pureté (Exode, XXV, 33 à 35) quand l'Éternel demande à Moïse de réaliser un candélabre d'or à sept branches décorées de calices en forme d'amandes ; la vigueur et la fécondité (Nombres, XVII, 8) quand le bâton d'Aaron se change en une branche fleurie portant des amandes.

Pour le mûrier, ou plutôt pour l'élevage du ver à soie, l'origine est plus lointaine que le Moyen Orient. Car c'est bien là que réside la différence entre l'olivier et l'amandier d'une part et le mûrier d'autre part : les deux premiers sont cultivés pour la consommation des fruits ou de l'intérieur des noyaux ; le troisième pour la fabrication de tissus précieux grâce à la soie sécrétée par les chenilles du bombyx. Et c'est en Chine que, selon la légende, apparaît la fabrication de la soie 2600 ans avant J.-C. lorsqu'une princesse découvre ce fil si fin et si résistant au moment où un cocon tombe dans la tasse de thé qu'elle savoure… à l'ombre d'un mûrier. Le secret de fabrication de cette étoffe valant le prix de l'or est bien gardé pendant 2000 ans. Le Japon découvre donc bien plus tard ces techniques, puis le Moyen Orient. De là le commerce vers l'Europe s'organise 400 à 500 ans avant J.-C. Mais il faut attendre les années 1300 pour que l'implantation du mûrier se développe, essentiellement en Provence dans un premier temps, et que le tissage de cette étoffe se mette en place.